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Les entretiens réalisés |
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![]() Eminent théoricien de la bureaucratie, Michel Crozier est le fondateur de la sociologie des organisations en France. EF: Comment devient-on sociologue ? MC: "On ne sait pas très bien comment on devient sociologue. Après coup, on regarde mais on ne s’est rendu compte de rien. Le choc de l’Amérique a été essentiel pour moi. Par le choc de l’Amérique, je suis devenu sociologue. Je le suis resté, sur certains points, par la passion que j’ai eu à écouter des gens. J’étais en Amérique avec une tâche particulière, une mission... J’avais proposé d’étudier les syndicats ouvriers américains et j’ai interviewé des gens. J’ai commencé en novembre 47. C’est comme ça que je me suis senti sociologue et, déjà, en porte à faux par rapport au milieu d’où je venais et qui était fortement marqué, comme tous les jeunes gens, dans les années 45-50, de la libération, par le marxisme et le gauchisme." EF : Pourquoi avoir fait votre dossier sur les syndicats ? MC : "Dans la vision qui était la mienne, qui était une vision révolutionnaire comme tout le monde à l’époque, mais pas conformiste tout de même (j’étais plutôt trotskiste mais sans fanatisme), j’étais intéressé par tout ce qui pouvait se passer et, donc, dans ce monde où l’Amérique était victorieuse, les syndicats américains me semblaient le contre poids. Et dans l’avenir du monde, ce n’était pas complètement stupide de penser que les syndicats américains allaient jouer un très grand rôle. Et la vision révolutionnaire, c’était que l’Amérique allait inventer la société du futur." EF : Comment rencontriez-vous les syndicats américains ? MC : "Quand j’arrivais dans une ville, je prenais les pages jaunes de l’annuaire du téléphone et je repérais, les syndicats locaux sont dont tous dans les pages jaunes. Alors je téléphonais et je disais : 'I am a brother coming from France. for seeing you... Avez-vous un peu de temps pour moi ?' Naturellement, je me présentais et je disais pourquoi je venais. Evidemment avec les grands syndicats, c’était autre chose." EF : Comment étiez-vous reçu ? MC : "Très, très bien. J’ai tout de suite compris ce qu’il fallait dire... J’avais l’idée de faire parler les gens. C’est là que j’ai appris à interviewer. Faire parler les gens sur ce qui est leur vie, leur problème. Ils aimaient bien cela. J’ai eu quelques rebuffades mais que j’ai surmontées." EF : Le contact humain était bon ? MC : "Ah il était formidable !" |
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